ABATTOIRS

Publié le par Nawa

Tu sais la goutte d'eau, celle qui fait déborder le vase, je l'ai bu ce matin. En mars dernier y a un pingouin à peine sorti de sa mère qu'est venu chez moi m'assigner au tribunal. C'était pour du fric. Une dette due à un acien proprio qui veut me faire payer une moquette et un pot de peinture plus chers que la maison. J'ai signé, pas trop le choix en même temps. Sur le papier y avait marqué que je pouvais me faire aider d'un avocat. Les avocats pour moi c'est comme les flics. Moins je les cotoie, mieux je me porte. On ne se méfie jamais assez de ceux nous défendent...J'irai seule. Il m'en faut un peu plus pour m'impressionner. J'y suis allée. Ce matin. Je n'avais aucune idée de comment ça se passait. Aucune. Je suis arrivée à la bourre. Un petit tribunal d'instance. Une seule salle d'audience. La porte grande ouverte. Du monde. Plein. Déjà ça m'étonne. J'ai du mal à rentrer tellement c'est bondé. Les sièges sont tous pris, les autres sont cassés. Je ne peux pas m'être trompée. Un seul tribunal, une seule salle, c'est là. Au fond, je devine sur l'estrade ce qui doit être un juge. C'est pas le monde qui m'empêche de bien voir. C'est la pile de dossier devant sa tête. A coté de lui y a une donzelle dont le brushing improbable dépasse d'un écran d'ordinateur. OK. Apparemment c'est à eux qu'il faut parler. Je demande à la personne à côté, c'était facile j'en avais de tout les côtés, comment ça se passait. D'abord ils font l'appel. Ensuite ils te font venir un par un sur ce qui sert normalement de banc des accusés. Lors de l'appel les gens répondent PRET. Pas présent, prêt. Quand j'ai entendu mon nom j'ai juste levé la main. La pile de dossier m'a alors demandé de répondre PRET. J'ai dit que j'étais pas sûre... L'appel terminé, tout le monde s'est précité à la pile de dossier et au brushing. Comme le départ d'une course. Aussi précipité. Je ne comprennais rien à ce qui se passait. J'étais la seule apparemment qui n'avait pas d'avocat. Je suis restée au fond, en mode spectateur, à attendre mon petit rôle de figurant. Je suis passée en dernier. Je n'avais pas d'avocat à jeter dans la meute pour passer avant. Pendant 1 heure y avait un brouhaha incessant. Je n'entendais que des "vous pouvez disposer". La pile de dossier baissait, le juge commençait à m'apparaitre au rythme que les avocats disparaissaient, que le brouhaha cessait. Jusqu'à ce qu'on puisse tout entendre. Tout de la vie de ces gens autour de moi. Qui venait là, les uns après les autres. Certains éclataient en sanglot, la soupape de la misère ayant sauté sous la pression des flots de larmes trop longtemps retenus. Ils se battent contre cofidis, finaref, promologis, la bnp, un propriétaire, ils se battent même entre enfants et parents. Pour du fric. Il n'y a que des histoires de frics. Le juge prenait les pièces. Les enfournés dans  des dossiers déjà bien trop gros, s'étalait sur son bureau la forêt amazonienne. je m'inquiétais. je n'avais rien à fournir. Pas d'avocat, pas de papier, c'est moi que le juge allait enfourner. Parfois, dans des histoires de familles, les avocats donnaient leur représentationdans un vocabulaire qui rend les choses trop importantes. Je continuais de regarder. Je continuais de rien comprendre. Je ne suis pas naïve pourtant, ou plus beaucoup du moins. Je suis encore jeune mais la vie m'a souvent filé quelques années de plus que ce que le compteur affiche. Mais ce qui se passait devant moi, je ne le comprennais pas, je ne voulais pas. Un putain d'abattoir à humains. De 18 à 87 ans. Qu'on renvoie à un jugement au 28 mai, "ne vous déplacez pas, on va vous l'envoyer". Un jugement que déjà tout le monde connait. C'est pas à bozo le clown qu'ils doivent du fric. En face ils sont prêt à te faire vendre jusqu'à tes mouflets. Ca a duré 3h. 88 dossiers. Autant de familles brisées. Y a des séances tous les jours, ou quasiment, ils prennent encore les jours fériés. Je n'en pouvais plus. J'avais envie de sortir ou de me faire exploser. J'essayais de trouver refuge dans les chaussures, à regarder le sol. Mais jusque là, je reconnaissais les avocats. Les assignés ont de vieilles chaussures, ou trop bon marché, s'ils  sont là c'est qu'ils n'ont déjà plus grand chose à macher, alors s'habiller ! Résultat de quoi ? De politiques ? Non. Ils seraient dépassés rien que par la logistique. Résultat d'un capitalisme dévastateur qui se sert de la justice d'abattoirs à humains. Résultat de se sentir coupable d'avoir moins que son voisin. Des crédits pour combler des débits de crédits pour compler ce qu'un salaire merdique ne peut te donner, tout ce qui passe à la télé et les vacances d'été. Résultat de la course imbécile à celui qui va le plus consommer, le plus absurde c'est que des fois, c'est juste pour bouffer. Un putain d'abattoirs à humains. Et je te jure que c'est pas hallal, le sang il coule sur le sol. Après l'hussier viendra sonner, te dépouiller, toi, qu'a pas rempli ton contrat. Jusqu'à la moelle il va te sucer. Tes yeux pour pleurer ? Pfff. Y a longtemps que tu les as asséchés. Des lus et approuvés. j'en parlais juste hier. Approuver des abattoirs à humains pour quelques pourcent d'intérêts, pour du sang.
Que nous faut-il pour enfin comprendre ? Putain que nous faut-il pour comprendre qu'on ne possède jamais rien et que l'accepter c'est un pas vers l'humilité. AVOIR, AVOIR, AVOIR, AVOIR,...tu sais ce qu'il y a sur la balance contre tout ces avoir ? Nos incapacités à ETRE. Aucune politique ne nous sauvera, pas même une révolution, ça ça serait juste pour se faire plaisir autour de grands feux de joies...La solution se trouve dans nos portes-feuilles, dans nos lus et appouvés. Mais ça implique d'avoir bcp moins que son voisin...ça implique de se foutre de ce qu'a son voisin. Mais ça je crois pas que ça soit possible. La nature de l'Homme est de trouver son dominant et son dominé, pour être tour à tour l'un ou l'autre, y a que comme ça qu'il se reconnait. Poétiquement on appelle ça les relations humaines. L'unique façon d'être ni l'un ni l'autre, c'est d'être seul. Et le pire, ou le paradoxe, comme vous voulez, c'est que face à notre conscience nous sommes toujours seul. Reste à savoir si l'Homme est autre chose qu'une conscience...

Publié dans RG

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patrattak 10/05/2010 01:18



être ou ne pas être...