LE JUGE MENT...
Pause urbaine
J'ai posé mes fesses sur le rebord d'un pas de porte. Je regardais les gens piétiner mon ancienne maison, même si aujourd'hui je joins mes pas à cette destruction. Je n'ai plus de rougeurs ni de chien pour incarner ma tristesse, mais l'arrêt urbain ne plaît toujours guère à ces chers citadins. Les yeux n'ont pas changé, des teintes de dégout et de peur irrisent encore leurs pupilles, le regard fuyant à jamais vers le desavoeu de l'image. Les doigts des filles de rien ne se lassent pas de se crisper sur leur faux sac à main saint laurent. La grosseur du sigle m'informe de leur vulgarité et de la peur qu'elles ont de se faire dépouiller de leur rouge à lêvres trouvé la veille chez tout à 10 francs. La compassion s'envole dans le manque de temps, à 18h y a le rôti à faire cuire pour le diner des enfants. Encore plus qu'hier je cherche du sens à ces mouvements de pantins. Ces guignols se rendront-ils compte que finalement nous ne sommes que des poupées de chiffons? Dans les mains les unes des journaux ne sont rien d'autre que nos dernières conneries. Ces papiers machés régurgitent les mensonges et les faits divers de cours de récré. Ils cachent entre leurs lignes l'avènement de l'impuissance des idées. Je fais alors comme tous ces passants, et baisse aussi les yeux. Mais l'évidence du fatalisme prend alors forme dans leurs chassures. Elle martèle le bitume à coup de stress, de rendement et d'espérances inutiles. Un jour, va vraiment falloir que j'arrète de marcher à côté de mes pompes.
__________________________
Trouble fête
Que ces lumières sont douce quand la nuit tombe les soirs d'hiver. Ces lucarnes de l'imaginaire brillent dans les rues apaisées. Chacune d'elle nous laisse rêver de ce qu'elle ne montre pas. Des grandes bouchées d'un souper fait maison entre des éclats de rire d'enfants. Un couple de vieux amoureux attablé, entrain de se dévorer, de se déguster. Ces fenêres éclairées laissent passer toute la lumière d'espérer un paysage de sérénité, d'amour et de chaleur. J'avance un peu plus loin et me voilà rue du printemps. Les arbres retrouvent leur sourire. La longue bataille de l'hiver a été rude, mais ces courageux dressés mettent à mal la mort chaque année. Inlassablement la vie reprend son droit de s'immiscer dans chaque écorce, chaque feuille, dans toutes les sèves. Cette renaissance perpétuelle nous emporte un par un dans son flot des possibles et repousse à jamais celui des regrets. Revigorée par une telle essence, je continue ma route pour la stopper sur le pont de l'été. Les festivals en tous genres et les repas de quartiers de ses chaudes soirées redonnent à nos corps l'envie de se parler. Je baisse mes yeux sur les quais pour contempler cette foule uniforme de gaieté. Les différences assourdies par la forte musique de plage et d'océans, par le brouhaha des discours enthousiastes et des déclarations d'amour. J'entre dans la danse pour virevolter jusqu'à l'automne. Saoulée par tant de couleurs souriantes, de rencontres fluorescentes et d'élans d'envie, je me pose dans les pastels naturels. J'attends que la douceur du vent me berce jusqu'au prochain printemps.
Petite théorie psycho-freudienne inconsistante : l'humeur de ce texte est opposé à celui d'au dessus. 2 solutions : soit je suis définitivement schizophrène, soit la puissance des mot est telle qu'il n'en reste que le jeu. On peut les poser où on veut, quand on veut, comme on veut, comme un voeu. L'écriture est l'étendard de la liberté. La page blanche n'offre aucune limite et autorise tous les abus. Alors même si je n'exclus pas ma schizophrénie latente, face aux mots, ne nous hâtons pas à interpréter celui qui tient la plume.
Publicité