LA DAME A PARLE
On était dans la cuisine. Il préparait à manger, je jouais avec Sami. Un vent violent soufflait dehors. Les éclairs étaient aussi nombreux qu'autour d'un tapis rouge cannois, le ciel grondait dans un bougonnement incéssant. Dans le même instant tout s'est arrété, une fraction de seconde qui donne un sens à l'immensité du temps. Nos souffles étaient à l'unisson de la retenue, dame nature allait parler. Sa colère éclate sur le toit de nos têtes, frappant de glace dotée d'une force de gravité, dégoulinant sur les carreaux des cuisines, t'insultant de ta petitesse,, te ridicusant de ton impuissance. Nos têtes en l'air, le courage à terre, le coeur à portée de foudre. Les larmes de la dame s'infiltrent sur les murs, en goutte à goutte défient la charpente, tombent riantes dans ma bassine d'inconsistance. Dix minutes de rythme grélé, chaque mot de cette dame a la grosseur de mon poing, je le prend dans le ventre au tic tac du marteau piqueur. Nous attendons, silencieux, nous écoutons la dame au monologue percutant. D'un excès de colère, elle finit par un trop plein de tristesse. Des larmes de glace réchauffées par la fièvre qui finissent d'écouler dans leurs rigoles les restes d'espoir. L'orage était passé, il était l'heure de manger. Toute la nuit, la dame allait continuer de pleurer. Le lendemain matin, sur la route d'une école, la dame m'a montré ses yeux tout rouge, ses champs innondés de malheurs, ses murs effondrés sous la glaise, ses propriétaires nus pieds à la merci d'un pompier. Elle m'a montré ses blessures, les restes d'écorces et ses écorchures. Elle m'a tracé son électrocardigramme sur les effondrements de la route., m'a expliqué sa capacité du néant, simplement dans un doute. Sur la route d'une école, elle a fini sa leçon.
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