MISE AU POINT
Je n'entend vraiment que des conneries sur les FARC. De la mauvaise régurgitation de mauvais journaux. Y a quelques jours c'est même un pote pourtant pas bête qui m'a tenu des propos ahurissant. Je n'ai même pas relevé tellement j'étais surprise. Je voulais donc faire un petit récapitulatif de leur histoire en exposant LES FAITS. En cherchant des précisions sur les dates pour mon "exposé", j'en ai déjà trouvé un tout fait, c'est assez pratique. Ce qui va suivre est vérifiable alors avant d'aller de vos commentaires comme quoi les FARC sont des terroristes et des narco trafiquants, vérifiez svp par vous même avec un tout petit peu d'indépendance d'esprit et d'objectivité...
Contrairement à ce que prétend la presse, les FARC sont loin d’être les seuls ou même les principaux responsables de la violence en Colombie. Elles ne sont apparues qu’en réaction aux menaces perpétrées par les propriétaires terriens contre les paysans pauvres, une situation qui remonte à 1948.
Depuis très longtemps, deux partis bourgeois, l’un, le parti conservateur, composé à l’origine d’éleveurs, et l’autre d’hommes d’affaires, le parti libéral (lié à la social-démocratie), se sont relayés au pouvoir par la voie électorale mais souvent par la force et les hommes de main. En 1948, un dissident du parti libéral, Jorge Gaitan, qui cherchait l’appui des ouvriers et des paysans contre l’oligarchie terrienne, fut assassiné par des tueurs du parti conservateur pour l’empêcher d’être élu président. Ce fut le début d’une guerre civile appelée pudiquement « les violences », qui se poursuivit dans les années cinquante et a fait 300 000 morts.
Tandis que les politiciens s’entretuaient, éliminant au passage les militants communistes ou supposés tels, les propriétaires terriens faisaient la guerre aux paysans, les chassant de leurs terres pour élargir de grands domaines réservés à l’élevage. Des paysans résistèrent en formant des groupes d’autodéfense, dont a fait partie le fondateur des FARC, Manuel Marulanda.
Les FARC, nées en 1964, actuellement estimées à 20 000 combattants, mais aussi l’ELN (Armée de Libération nationale), apparue en 1962, 4 000 membres, existent toujours.
Les FARC dépendent de la paysannerie et lui sont liées. Dans les régions sous leur contrôle, elles lèvent des impôts sur les paysans et leur assurent une certaine protection sociale. Les années soixante-dix amenèrent un « boom » de la production de coca, base de la cocaïne, puis du pavot, base de l’héroïne. Des paysans se convertirent à ces productions qui leur permettaient d’échapper à la misère. Les FARC s’en accommodèrent car l’impôt pouvant être prélevé leur donnait le moyen d’équiper leur armée.
En revanche, la transformation et la livraison de la drogue vers les États-Unis ou l’Europe dépendaient des barons de la drogue, les « cartels » de Medellin ou de Cali. Les relations entre guérilleros et trafiquants s’envenimèrent quand les narco-trafiquants blanchirent leur fortune en achetant des terres, se mêlant ainsi à la bourgeoisie terrienne.
Les paramilitaires, bras armé des classes riches.
Dès lors, la guerre civile opposa les FARC aux narco-propriétaires qui créèrent les « escadrons de la mort » pour éliminer les guérilleros ou simplement des paysans pauvres dont ils voulaient voler la terre. Au début des années quatre-vingt, la guérilla kidnappa des narco-propriétaires. En réaction, le cartel de Cali créa un groupe de tueurs appelé « Mort aux kidnappeurs ». Les années suivantes apparurent des centaines de groupes paramilitaires, parrainés par les politiciens, les hommes d’affaires, les éleveurs et les compagnies étrangères.
En 1985, le président colombien d’alors proposa un cessez-le-feu aux FARC. Celles-ci créèrent un parti politique légal, l’Union patriotique, participant aux élections.
Mais l’accord fut rompu en 1986 par le président suivant. Et les paramilitaires assassinèrent alors trois mille militants de ce parti, ses cadres, des centaines d’élus et deux candidats à la présidence.
Ce que le Brésil, l’Uruguay, le Chili ou l’Argentine ont connu sous des dictatures militaires, la Colombie l’a vécu ces vingt-cinq dernières années du fait des paramilitaires. Le bilan est effrayant : trois à quatre millions de personnes déplacées, 70 000 personnes assassinées, des guérilleros, des paysans pauvres, des trafiquants concurrents, des politiciens non corrompus, et tous ceux qui ont relevé la tête même sans soutenir la guérilla.
Dans les régions sous leur contrôle, les paramilitaires ont massacré des villages entiers, assassiné les militants des minorités indiennes ou des mouvements de femmes et plusieurs milliers de syndicalistes.
Une situation entretenue par le pouvoir.
Des organismes comme Amnesty International ont publié des bilans de la guerre civile en Colombie : 70 % des actes de violence seraient le fait des paramilitaires, 15 % le fait de l’armée officielle et le reste pourrait être attribué à la guérilla. En effet, la majorité des enlèvements contre rançon est le fait de délinquants. Ces bilans n’empêchent pas la majorité des journalistes de prétendre que les enlèvements sont le fait de la seule guérilla.
Le président Uribe, qui s’affiche comme voulant en finir avec la guérilla, a surtout tenté de légaliser les paramilitaires. Une commission devait les démobiliser, mais des scandales ont mis en lumière leur rôle dans la corruption et dans des crimes peu pardonnables rendant difficile l’opération.
Le président Uribe, allié naturel des « narcos » et des paramilitaires.
La solidarité entre les possédants, les narco-trafiquants, les politiciens et les grandes entreprises est si étroite qu’un baron de la drogue a pu déclarer sans faire scandale que 35 % des parlementaires étaient sous son contrôle.
Uribe explique que son père a été assassiné par les FARC. C’est vrai ! Mais il ne dit pas que son père, politicien lié aux narco-trafiquants, prêtait sa propriété pour les entraînements des paramilitaires. Il est mort justement lors d’une attaque des FARC contre ce camp d’entraînement. Pour tenter de sauver son père, le futur président emprunta un hélicoptère à un ami… Pablo Escobar, parrain de la drogue, assassiné depuis.
Un temps gouverneur d’une province, Uribe y mit sur pied une troupe de paramilitaires. Il était alors en situation d’accorder les permis de pilotage, ce qu’il fit notamment pour certains des convoyeurs de drogue.