SUZANNE

Publié le par Nawa

J'ai rencontré Suzanne aujourd'hui. Suzanne elle pleurait sur un parking sous les yeux des passants trop préssés, les mains chargées, le coeur vide. Suzanne n'a pas les yeux rouges quand elle pleure, juste plein de larmes. Je l'ai aimée au 1er regard Suzanne, je me suis assise, je n'ai pas parlé, Suzanne voulait juste du silence pour sa tristesse, Suzanne voulait juste qu'on écoute le bruit des larmes qui meurent à terre. Au bout d'un moment elle m'a racontée la source de cette eau, la mort de sa mère. Suzanne est noire comme de l'ébène, elle vient du Cameroun, Suzanne vit depuis 18 ans en France, Suzanne je l'ai trouvé à 30 km de chez elle, elle vient faire une ménage d'1heure tous les jours. En bus quand elle ne le rate pas, en stop pour ne rien rater. Suzanne elle a plein de ménages partout, Suzanne c'était pour sa mère qu'elle travaillait, pour sa famille restée au pays. Alors Suzanne elle m'emmène en Afrique, elle me conte ses frères, ses soeurs, son père, sa mère. Son accent c'est le bruit de la douceur, rien n'accroche, des voyelles que seuls les cons sonnent. Un sourire esquissé tamponne l'excès lacrymal, Suzanne me conte, arrive un sourire affirmé qui éponge le mal. Suzanne me convie dans son pays, le compare au mien, que la comparaison est cruelle. Suzanne au bout de 18 ans, ne sait toujours pas fermer sa porte, "quand je tourne la clef, je ferme mon coeur", Suzanne elle fait à manger pour tous, elle ne sait pas faire pour 1, pour 2, pour 3, elle ne sait faire que le partage, le plus pour offrir plus. Alors Suzanne elle cuisine pour ses voisins et ne comprend pas pourquoi les portes restes fermées. Suzanne elle a le sens de la formule et vous assèche l'absurde en un énoncé. "Ici, l'Homme il a tout, à manger, des médecins, des écoles. Il a tout, sauf l'Homme". Et puis Suzanne repleure, mais pas pour son deuil, pour les notres. Nous qui enterrons nos morts rapidement, pour retourner travailler rapidement, Suzanne elle veut pleurer avec chacun des siens, chacun de nous, Suzanne elle veut avoir le temps d'avoir mal, Suzanne elle dit qu'avoir mal c'est prendre le temps d'être bien. Le temps, cet infâme traitre, nous ramène la raison, je la ramène. En bas de son immeuble Suzanne m'écrit son numéro puis son adresse. Je la taquine en lui disant que je sais maintenant où elle habite, que je n'ai pas besoin de son adresse. Suzanne me regarde droit dans les yeux - ils sont si peu à ne pas dévier cette droiture - me glisse le papier dans ma main, me la prend : "Oui mais ici vous avez la mémoire trop courte."
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Publié dans RG

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T
Merci...
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D
Je laisse peu de commentaires ici car comme toujours chaque post est pertinent et d'une réelle justesse, celui-ci est en plus que touchant. Me serai-je assis ? Cela faisait longtemps que j'avais pas lu un "truc" pareil , paf dans la figure. David.
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A
Cela fait quelques mois que je te lis.Au début, tes billets je n'en voyais que la plus brute expression,la contestation,la révolte, la maladroite critique parfois, et d'autres fois, à mes yeux, une prise de position trop radicale, voire injustifiée.Je ne suis pas toujours d'accord avec toi, je suis encore de ceux qui estiment que dans notre situation, nos choix et notre responsabilité est déterminente.Je pense que tu l'as compris, je ne suis pas non plus de ceux qui prennent plaisir au malheur des autres, mais qui ne sait pas trop quoi faire pour aider, sans trop laisser de ce qui a été si difficile à acquérir, plus concrètement de la compassion , du temps oui, mais donner mon pognon non.Présenté comme cela, cela paraît assez égoiste, mais le cercle de mes largesses est moins dense en dehors de celui de la famille. Mais là n'est pas le sujet.Ce billet est émouvant, on comprend que ta vision des choses est au-delà des conventions et colle au plus près de l'humain et par delà on peut aussi appréhender la pensée de certains "étrangers" et leur manière de vivre.Peut être que tu devrais écrire autre chose que des billets, le plaisir de le lire pourrait devenir ta solution.
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N
belle rencontre...indispensable pour conserver un espoir tenu dans l'espèce humaine!
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