RECITER MA CITE
Billet du 14 mars 2006....
Ma cité
Ma cité c'est pas la même qui passe à la télé. Ils disent que ça puent la pisse, que la merde imprègne les murs. Peut-être...moi je sens le couscous de Ouafa juste en dessous qui parfait chaque jour sa cuisine d'amour pour ses enfants. Ses odeurs ramènent jusqu'à mes yeux toutes les couleurs de son pays. Tous les lundis elle veille le son de mes clés pour sortir sur le palier, un tajine à la main, alf marhaban sur le coeur. Tous les lundis j'ai droit à un délice oriental différent, à la simplicité de la générosité et du partage, au bonheur. Et puis en face y a Wong qui essaie d'oublier Mao et n'a de rouge que ses yeux. Il m'apprend l'histoire autour d'un saké, j'apprend l'humilité. Mes voisins sont comme ça dans ma cité. Ils sentent bon la différence et m'emmène un par un dans un pays nouveau chaque jour de la semaine. A la télé ils disent aussi que les jeunes de mon quartier ne sont que voleurs, dealeurs, des horreurs. Quand je traine à la mjc ou sur le bancs de ma cité y a Anissa, Yasser, Sébastien, Mouss, des dizaines d'envies qui me racontent leur vie. C'est vrai, quelques uns font la une des journaux, un caillou dans la tête, 10gr dans la main, lassés par un combat de reconnaissance inégal, tombés dans les pièges format ghetto tendus par nos politiques depuis plus de 50 ans. Mais tous les autres, cette putain de majorité qui me parle, qui nous parle, mais dont on ne parle jamais. Celle qui me raconte sa force quotidienne à se fabriquer une seconde chance parce que l'école lui a niqué la 1ère. Qui ne compte que sur elle et ses blocs pour atteindre l'autre bout de la ligne de bus. Seule contre toute une France qui stygmatise et hatise la haine pour générer les extrèmes. Seule contre toute une France paradoxale de discrimination positive ( foutre c'est 2 mots côte à côte tient du ridicule : cf petit larrousse...) qui veut enlever les noms étrangers des CV. Ils s'en tapent mes jeunes et jettent à mes oreillent des idéaux, des convictions, des rêves et des passions emplis d'une maturité inquiétante, d'une lucidité époustouflante. Ils crachent sur les discours des vieux cons :"j'y suis pas arrivé, tu y arriveras pas, tu verras quand t'aura mon âge". Ces vieux cons qui camouflent leurs regrets amers, leurs ratés et leurs soumissions sous le poid de leur âge. Ils y arriveront, ils sont prêt aux sacrifices, leur vie est déjà sacrifiée. Ils se lèvent motivés comme tout le bobo monde et partent chercher du boulot en métro...c'est sur que c'est un peu plus dur que d'aller au boulot en renault. Ils transpirent et puent l'insolence, la fougue et la jeunesse éternelle. Les idéaux prendront toujours forment dans un match de foot improvisé. Les 2 dealeurs qui se cachent derrièrent passent pas sur mon écran perso. Ils doivent être cachés par ceux qui cette année ont obtenu leur diplôme avec succès. Mais pour la télé, dans la cité y a jamais que la bac...pas le bac...
Ces analystes analogues disent encore qu'il n'y a pas de couleur, que c'est tout gris, qu'on voit que le malheur. Ils n'ont pas du venir le mercredi, jour de marché. Ma cité devient alors internationale. Les robes de Firmine et de ses soeurs se mêlent aux couleurs improbables des épices. Le jaune de son foulard fait palir le soleil, ces tresses tombante jusqu'à ses fesses, mélées de fils multicolore, mettent à l'amende n'importe quel arc-en-ciel. D'étalage en étalage, je fais mon tour du monde et ramène dans mon frigo la paix universelle pour un prix dérisoire. Voilà ce qu'est ma cité. Rien à voir avec celle de la télé. Ca doit être encore une question de point de vue...
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