EX TRAITS...
La lumière passait entre les volets trop vieux pour mériter ce titre. Sur un touret qui servait de table trainaient paquets de tabac, mégots, canettes vides, bouteilles qui l’étaient tout autant, des traces de cire témoins d’anciennes bougies, une main. Elle essaya d’adapter ses yeux à sa gueule de bois pour vérifier que la main était bien attachée à un corps sinon c’eût été déplaisant pour un réveil matinal. Elle l’était bien. Le corps était avachi, seule sa main n’avait consentie à se répandre lamentablement sur le sol. Elle reconnut Pierrot et vu ce que le monsieur s’était enfilé la veille, elle trouva sa posture logique. Elle regarda autour d’elle. La veille, à son arrivée, la lueur des bougies ne permettait qu’une légère supposition des lieux et elle avait mal supposé. Le symbole anarchique était dessiné partout, un peu trop pour être vrai. Il y avait aussi des tentures et des couleurs jamaïquaines. Un patchwork d’identités révolutionnaires. Autant de signes de rébellion pour se convaincre de la marge, des traits décoratifs pour se prouver une différence. Tous ces signes qu’arborent ceux qui n’ont pas encore compris que la marge faisait partie intégrante de la page et que la seule différence qu’elle permettait c’est moins de place pour écrire. Une ligne rouge pour séparer . Marginaux, « intégrés ». Une ligne rouge pour conférer à chacun son statut. Une ligne rouge à la morale catholique. Un côté bon, l’autre non. Qu’importe le côté, importe le tout. La page. Entière. Sans ligne rouge. Sans enferment dans des rites, des codes, des idées. Une simple ligne rouge dont l’importance n’est donnée que par ceux qui ne peuvent la franchir. Une ligne rouge qui empêche l’évasion.